26/07/2019: L’Espagne alerte sur le methotrexate, médicament contre le cancer, après le décès de 7 patients

IMETH (méthotrexate) : nouvelle formulation en solution injectable en seringue préremplie? associé au Cyclophosphamide générique Genoxal ? …..pas très clair!IMETH225-8boites-1

 

L’Independant

L’agence espagnole des médicaments (AEMPS) a diffusé une note détaillant les mesures prises pour le traitement du méthotrexate après le décès de sept patients.

Le méthotrexate est utilisé dans le traitement de certains cancers, de maladies inflammatoires mais également pour les maladies auto-immunes.

En Espagne, de nombreuses erreurs de prescriptions ont été relevées ces dernières années, des patients s’étant vu prescrire le médicament quotidiennement au lieu d’un rythme hebdomadaire.

« Malgré les avertissements établis, des cas de réactions graves, dont certaines mortelles, ont eu lieu en conséquence d’administration quotidienne de méthotrexate au lieu d’une fois par semaine », informe l’AEMPS, qui dépend du ministère de la Santé, selon nos confrères du Diari de Girona.

Ces dernières semaines, l’AEMPS a reçu des notifications de 55 réactions sévères au traitement dont 7 ont causé la mort du patient.

Au final, l’Espagne a décidé d’introduire ces nouvelles mesures pour minimiser le risque. Des mesures communes à tous les pays d’Europe.

Ruptures de stock de médicaments, Certains Etats membres peuvent accepter en partie le risque de lots de médicaments dits essentiels, déclarés NON CONFORMES

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https://www.leem.org/…/default/files/2019-02/DP-Leem-Pénuri…

 » Le plan d’actions de la FDA et son impact en Europe
Pour lutter contre les pénuries, la FDA a lancé en 2012 un plan stratégique. Ses grands axes sont décrits dans le rapport de l’Académie de Pharmacie « Indisponibilités de médicaments » (3), publié en juin 2018. La FDA a commencé par mettre en place des outils pour faciliter la notification précoce des pénuries possibles. Les notifications ont alors été multipliées par six, émanant tant des industriels que des autres acteurs de la chaîne pharmaceutique, ainsi que des établissements hospitaliers et des patients. Ce plan stratégique se décline en plusieurs volets :
• un plan pour renforcer la coordination et les process2019,02,19,Pénurie Medicaments plan d’action Leemus de décision intra et inter- agences
• un plan portant sur l’impact des actions réglementaires sur les ruptures
• un plan pour une communication plus efficace avec les parties prenantes
• un plan étudiant l’impact des ruptures de stock sur les études cliniques
• un plan examinant la possibilité d’établir un programme qualifié de partenariat
industriel, destiné à permettre le développement des capacités de production.
Six ans après le lancement de ce plan, les résultats sont notables avec une diminution importante des ruptures aux US depuis la mise en place du plan.

« Il semble que la démarche de la FDA sur la flexibilité réglementaire commence à faire écho au niveau de l’Union européenne », souligne le même rapport.

L’EMA vient en effet de lancer, en avril 2018, une consultation en ligne sur le sujet des non-conformités aux bonnes pratiques de fabrication (BPF), dans le cadre des ruptures de stock. L’objectif est de déterminer quels sont les Etats membres acceptant, ou non, le principe d’une flexibilité réglementaire qui faciliterait la libération de lots de médicaments dits essentiels, en cas de déclaration de non-conformité. Dans cette situation, la législation prévoit en effet que chaque Etat-membre décide de la gestion du risque (rappel, interdiction d’approvisionnement, suspension…).

Lorsque ces actions peuvent entraîner une pénurie de médicaments critiques, l’autorité compétente de cet Etat-membre pourrait décider d’atténuer et d’accepter en partie le risque. »

Pénurie de médicaments anticancéreux en France

Médicaments de substitution imposés aux médecins:      

Perte de chance pour les patients!

 

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Par Patrick de Casanove.

Au début des années 80 il ne serait venu à l’idée d’aucun médecin, généraliste ou spécialiste, qu’en France il puisse y avoir un jour pénurie de certains médicaments ou de médecins.

Il faut dire que, à cette époque, pour les médecins en activité depuis plusieurs années, la situation professionnelle, matérielle et morale, était bonne. Quant aux générations de médecins formés dans les années 70, il leur avait été expliqué durant toutes leurs études, chiffres, projections et prévisions absolument dignes de confiance à l’appui, qu’il y aurait trop de médecins à partir des années 2000. En particulier trop de médecins généralistes et que ces derniers auraient de la peine à travailler. Il fallait donc que « l’État réagisse ».

C’est une des raisons pour lesquelles le gouvernement instaura en 1971 le numerus clausus et le concours d’entrée aux études de médecine. Un autre objectif était de faire des économies, en réduisant l’offre de soins et ainsi « sauver la Sécu ».

C’est pourquoi une autre mesure compléta le numerus clausus en 1997. Ce fut le fameux MICA (Mécanisme d’Incitation à la Cessation d’Activité) que bien des confrères se firent un plaisir de saisir. Son but était toujours de réduire l’offre en mettant à la retraite anticipée les médecins à partir de 56 ans, en leur offrant des avantages, dont une forte prime. Le MICA fut supprimé en 2003.

Le temps est un bon juge. Aujourd’hui les Français constatent que les prévisions gouvernementales ont fait une nouvelle fois la preuve de leur fiabilité absolue. La politique suivie par l’État a montré comme à chaque fois qu’elle était fort judicieuse. En effet, quarante ans plus tard, à la Sécu toujours mal en point, la France a ajouté la crise des urgences, la pénurie de médecins et la pénurie de médicaments (non exhaustif).

Ces propos liminaires ont pour objectif de montrer que la pénurie est partout dans notre système de soins. Concentrons-nous sur la pénurie de médicaments. Les médias en parlent beaucoup et elle a fait l’objet d’un rapport du Sénat.

PLUSIEURS PRODUITS CONCERNÉS PAR LA PÉNURIE DE MÉDICAMENTS

C’est au début des années 2000 que les médecins français commencèrent à constater le manque de médicaments. Les pharmaciens qui ne pouvaient honorer leurs ordonnances les appelaient pour des substitutions ou, à défaut, une autre solution si c’était possible. Au début il ne concernait que peu de produits et se traduisait, généralement, par un certain retard à la délivrance.

Malheureusement cela ne fit que s’aggraver.

« Entre 2008 et 2017, les signalements des médicaments en tension ou en rupture de stock sont passés de 48 à 530. Du jamais vu. »

Tous les produits, même les plus courants, peuvent être touchés : vaccins, antibiotiques, anticancéreux, antiparkinsoniens, antiépileptiques, antiallergiques, antihypertenseurs etc.

Les pénuries touchent tellement de familles de médicaments que chacun peut en être victime.

CONSÉQUENCES POUR LES PATIENTS

  • Perte de chance

C’est la conséquence la plus lourde. « La Cour de cassation a identifié une hypothèse de perte de chance chaque fois que le dommage a fait disparaître une probabilité qu’un événement positif pour la victime se réalise, ou une probabilité qu’un événement négatif ne se réalise pas. »

Dans le cas que nous traitons le dommage est le manque du médicament. Celui-ci peut se révéler dramatique.

« 25 % des répondants se sont déjà vu refuser la délivrance d’un médicament ou d’un vaccin pour cause de pénurie. C’est ce qui ressort d’une enquête BVA, publiée le 17 janvier 2019 par France Assos Santé. Ce taux monte même à 31 % pour les personnes atteintes par une affection longue durée (ALD). Dans plus d’un cas sur trois (36 %), ces ruptures d’approvisionnement concernent des vaccins.

L’enquête met par ailleurs en évidence le fort impact de ces pénuries sur la santé des patients. En effet, 45 % des personnes confrontées à ces pénuries ont été contraintes de reporter leur traitement, de le modifier, voire d’y renoncer ou de l’arrêter complètement rapporte l’enquête. Avec des conséquences psychiques (anxiété mentionnée par 21 % des répondants et 41 % de ceux en ALD), et physiques potentiellement graves : augmentation des symptômes dans 14 % des cas, erreurs dans la prise de médicaments de substitution (4 %). Une hospitalisation a même été nécessaire pour près d’une personne sur vingt. »1

  • Rationnement

Sur Europe1 à 7 h 20 le 28 mai 2019 dans « Europe1 va plus loin », on apprend que certains pharmaciens parisiens rationnent pour pouvoir fournir suffisamment de patients. Ils ouvrent des boîtes et donnent la dose strictement nécessaire.

Les pénuries peuvent aussi contraindre les médecins à choisir quels patients bénéficieront d’un traitement et lesquels n’en bénéficieront pas.

PRÉSENTATION DES PRÉSUMÉS COUPABLES

Une revue de presse montre que les causes les plus fréquemment évoquées sont :

  • La mondialisation

« Car le marché pharmaceutique est un marché « globalisé », en forte croissance (6 à 10 % par an), mis en tension par l’accès de nouveaux pays aux médicaments, comme la Chine. Le pays s’est engagé à rattraper d’ici à 2030 les niveaux de santé publique des pays développés. En 2010, 100 millions d’enfants ont été vaccinés contre la rougeole, faisant subitement augmenter de 20 % la production mondiale de vaccins.

D’après le Leem (Les entreprises du médicament), cette « tension mondiale » entre la demande et les capacités de production et ces fluctuations imprévues du marché expliquent près de la moitié des situations de rupture. »2

« Mondialisation » : en effet, 80 % des molécules proviennent des États-Unis et surtout d’Asie. »

« Le marché s’est internationalisé et concentré : pour de nombreuses molécules, il n’existe que 2 ou 3 fournisseurs dans le monde. »3

  • Les laboratoires pharmaceutiques

« Les industriels sont très largement responsables de ces pénuries, principalement dues à des stratégies financières contestables, à un désengagement de certains médicaments et à une concentration des sites de productions. »4

Les laboratoires sont également responsables lorsqu’ils font le choix de produire en flux tendu, pour des raisons économiques. « Pour éviter les pertes et limiter les coûts, les labos réduisent au maximum les stocks ».

« Sur le fond, elle (ANSM) s’inquiète des « nouvelles stratégies industrielles de rationalisation des coûts de production qui conduisent les laboratoires à produire en flux tendu ».5

  • Le plafonnement des prix en France

« Les industriels tendent par ailleurs à privilégier la distribution dans des marchés offrant les prix les plus élevés, ce qui n’est pas le cas de la France, et inversement à limiter , voire arrêter, la production de médicaments anciens parce qu’ils jugent leur prix trop faible.

Il faut comprendre que la France est en compétition avec les autres pays pour être servie en cas de rupture de stock. Or, l’attractivité des prix des médicaments en France est clairement moindre par rapport à d’autres pays et il n’est donc pas exclu que la France ne soit pas privilégiée, voire soit servie en dernier. »6

« Restent les causes économiques (7 %) : les prix des médicaments en France sont dans 50 % des cas inférieurs au plus bas prix européen. Une ampoule d’Augmentin 1G/200 mg injectable est vendue 4,34 euros en France, contre 7,67 euros en Allemagne. Des écarts de prix qui encouragent le marché des exportations parallèles, autorisé au nom de la libre circulation au sein de l’UE. Certains grossistes-répartiteurs (short liners) se sont spécialisés dans la revente des stocks dans les pays qui rémunèrent davantage. »7

  • Les processus industriels

Les problèmes liés à la production elle-même (panne matériel, contamination d’un atelier, incendie…) sont à l’origine de… 20 % des ruptures et tensions.

« Par exemple, quand on fait pousser des souches de virus, le rendement n’est pas toujours au rendez-vous. » Le temps de fabrication (18 à 24 mois pour la plupart des vaccins) et les précautions nécessaires ajoutent une difficulté. »

Les difficultés d’approvisionnement seraient principalement dues à des retards pris dans la production ».8

  • La matière première

Il y a des difficultés d’approvisionnement en matière première et des défauts de qualité de matière première.

La demande mondiale et l’exigence de qualité augmentent.

« Pour des problématiques de défaut du principe actif lui-même ou de qualité, l’unité de production peut être en phase de tension, voire de rupture ».9

Quand la matière première est un micro-organisme, comme un un virus, c’est encore plus compliqué, nous l’avons vu.

  •  Les normes

Les contraintes réglementaires sont en cause dans 10 % des cas.

Alors que 70 % du temps de fabrication d’un vaccin est consacré au contrôle qualité, la moindre variation réglementaire exposerait 50 % de la population mondiale à un risque de rupture »10.

Thomas Borel, représentant des laboratoires pharmaceutiques (LEEM), explique :

« Les demandes sont de plus en plus importantes et les contrôles lors de la fabrication de plus en plus drastiques. Pour des problématiques de défaut du principe actif lui-même ou de qualité, l’unité de production peut être en phase de tension, voire de rupture, explique ainsi. Je vous rappelle que c’est une chaîne qui est extrêmement surveillée sur le plan de la sécurité et de la qualité. »

Enfin, les normes BPF (bonnes pratiques de fabrication) et réglementaires (sans compter les normes environnementales) sont en constante augmentation depuis 20 ans.

« S’y ajoute une complexification des traitements administratifs post-autorisation de mise sur le marché (AMM) sans coordination entre États. Au final, chaque modification du dossier d’AMM peut prendre « jusqu’à cinq ans jusqu’à la dernière approbation (exemple des vaccins) » affirme le rapport. »11

L’article suivant décrira les spécificités française de cette pénurie.

Patrick de Casanove

Président du Cercle Frédéric Bastiat, Patrick de Casanove est docteur en médecine. Il exerce à Ondres, commune dont il a été maire de 1995 à 2001. Il est l’auteur de « Sécu, comment faire mieux » (éditions Tatamis).

Produits de substitution imposés aux médecins par la pénurie de médicament, entraînant un risque plus élevé pour les patients

Nombre de lignes de spécialités en tension d’approvisionnement
suivies par les services de l’AP-HP
27

r17-73711Source : Ageps

http://www.senat.fr/rap/r17-737/r17-7375.html#

LES SITUATIONS DE PÉNURIE ET DE TENSION D’APPROVISIONNEMENT MOBILISENT L’ÉNERGIE DES PROFESSIONNELS DE SANTÉ AU QUOTIDIEN

Les situations de ruptures de médicaments et de vaccins nécessitent une gestion complexe de la part des acteurs institutionnels comme des professionnels de santé exerçant sur le terrain, génératrice de risques professionnels et sanitaires, et fortement coûteuse en ressources humaines comme en moyens financiers.

Quoique les problèmes rencontrés soient en partie communs, les développements suivants distingueront entre la ville et l’hôpital : la situation y diffère en effet à la fois en raison de l’organisation en équipe et plus intégrée de l’hôpital, et du fait que les médicaments y sont commandés par le biais de marchés hospitaliers de grande ampleur, couvrant parfois de nombreux établissements.

1. L’explosion des ruptures et tensions d’approvisionnement à l’hôpital appelle des mesures de gestion coûteuses et chronophages
a) Les établissements hospitaliers sont particulièrement exposés au risque de pénurie

Dans la mesure où les MITM et les spécialités injectables représentent une large part des médicaments qui y sont dispensés, l’hôpital est particulièrement vulnérable aux ruptures de stock et tensions d’approvisionnement. L’ANSM relève en ce sens que l’augmentation globale du nombre de ruptures de stock signalées en 2017 a principalement concerné les spécialités distribuées aux établissements de santé, parmi lesquelles les antibiotiques injectables et les anticancéreux.

· Les responsables de plusieurs établissements hospitaliers ont témoigné à votre mission d’information des difficultés constatées au quotidien.

À Gustave-Roussy, ce sont ainsi 69 lignes de médicaments qui sont quotidiennement en rupture ou en tension. L’agence générale des équipements et produits de santé (Ageps) de l’assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP) relève quant à elle chaque jour 80 à 90 médicaments en situation de pénurie, tandis que le nombre de lignes de spécialités suivies en tension d’approvisionnement a été multiplié par 10 depuis 2007.

Le Claps a évoqué le cas de la centrale d’achat Helpévia28(*), qui a dû procéder, au cours des dix dernières années, à plusieurs dizaines de milliers d’activations de la clause d’achat pour compte du fait d’une rupture de stock. Le Claps estime qu’à l’échelle d’un établissement, cette procédure doit être activée en moyenne trois fois par mois, ce qui témoigne du fait que les ruptures font partie du quotidien des pharmaciens d’établissements.

La clause d’achat pour compte dans les marchés hospitaliers29(*)

Afin de faire face aux risques de rupture, plusieurs groupements d’achats utilisent une « clause d’achat pour compte » : si le médicament est en rupture, c’est au fournisseur de fournir les quantités demandées, même s’il les paye plus cher, en s’approvisionnant auprès d’un autre fournisseur.

L’AP-HP intègre ainsi de manière systématique une clause prévoyant, en cas de défaillance du titulaire, la mise en oeuvre d’une procédure d’exécution aux frais et risque (EFR) de celui-ci.

Cette procédure est prévue par l’article 36 du cahier des clauses administratives générales des marchés publics ; dans le cas présent, cela signifie que lorsqu’un laboratoire pharmaceutique titulaire d’un marché en France est dans l’incapacité d’approvisionner en une spécialité, l’acheteur hospitalier public peut recourir à une prestation par un tiers, aux frais et risques du titulaire.

Les situations de pénurie constatées dans les pharmacies hospitalières peuvent prendre plusieurs formes. S’il arrive que les commandes passées ne soient pas du tout honorées, il se peut également que les livraisons soient effectuées de manière incomplète. Les fournisseurs procèdent en effet régulièrement à des contingentements : des modifications unilatérales des commandes sont opérées par les laboratoires afin d’ajuster la quantité de produits livrés au quota disponible dans leurs entrepôts. Ces événements, le plus souvent imprévisibles, sont fortement déstabilisateurs pour la gestion des PUI comme pour celle des services hospitaliers.

Les ruptures de stock et tensions d’approvisionnement constatées
dans les hôpitaux : le témoignage du pharmacien responsable d’un CHU

Pour l’année 2016, 218 ruptures de médicaments ont été relevées, soit 9,7 % de notre livret thérapeutique. La durée moyenne de ces ruptures s’est établie à 4,2 mois (s’étendant de 72 heures à l’année entière).

À l’annonce de la rupture, les laboratoires ont informé la pharmacie sur sa durée estimée dans 50,5 % des cas. 49,5 % des ruptures étaient en conséquence annoncées pour une durée indéterminée. Seules 43,5 % des durées annoncées ont été respectées, 56,5 % ayant duré plus longtemps qu’escompté.

Dans 67,5 % des cas, aucune alternative n’a été proposée par les fournisseurs. La pharmacie a cependant pu pallier la rupture en recourant à d’autres médicaments dans la quasi-totalité des cas.

Les laboratoires identifiés comme étant les plus défaillants étaient Sanofi, GlaxoSmithKline et Pfizer, avec respectivement 17,0 %, 9,2 % et 4,6 % des ruptures relevées.

Si toutes les classes médicamenteuses ont été concernées, deux classes ont été particulièrement touchées : les médicaments du système nerveux (classe N), qui représentaient 26,5 % des ruptures d’approvisionnement, et les anti-infectieux à usage systémique (classe J), qui en représentaient 18,3 %. Du point de vue des voies d’administration, les médicaments injectables étaient de loin les plus concernés (52,2 %) ; venaient ensuite les formes administrées par voie orale (34,4 %) puis les voies cutanée (8,1 %) et oculaire (2,4 %).

Source : Réponse au questionnaire envoyé par votre rapporteur au groupement de coopération sanitaire UniHA

b) Une déstabilisation quotidienne des services

Ces situations nécessitent en effet la mise en oeuvre d’importantes mesures de gestion. Ces mesures se répercutent sur l’ensemble du circuit du médicament, des opérations logistiques à la dispensation des soins. Tandis que les services d’achats doivent adapter leurs marchés, les services de soins n’ont pas d’autre choix que de procéder à une priorisation des indications des produits concernés ainsi qu’à des modifications de leurs prescriptions, et donc de leurs protocoles de prise en charge.

Dans sa réponse au questionnaire écrit de votre rapporteur, l’Ageps détaille plusieurs exemples des mesures mises en place au sein de l’AP-HP face aux situations de pénurie : augmentation de la fréquence des saisies de commande et des relances téléphoniques auprès des fournisseurs et notamment des laboratoires (dont l’engagement est décrit comme très difficile à obtenir dans ces situations) ; affinement du suivi des livraisons ; mise en place de tableaux spécifiques de suivi, détaillés en fonction des différents dosages et références existant pour une même substance active ; mise en place d’informations très régulières auprès des PUI des différents établissements de l’AP-HP, et de procédures spécifiques pour le passage de leurs commandes ; mise en place de protocoles de gestion des pénuries30(*) ; suivi des importations (allant parfois, pour un même médicament, jusqu’à quatre ou cinq imports de pays différents) ; sollicitation de PUI de groupements hospitaliers extérieurs à l’AP-HP ; déclenchement d’une procédure d’exécution aux frais et risques.

L’Académie nationale de pharmacie souligne dans le même sens qu’il est a minima nécessaire de modifier les spécificités de la procédure d’approvisionnement du médicament alternatif dans le logiciel de gestion de l’établissement, de réadapter les livrets thérapeutiques, le logiciel de prescription et de dispensation ainsi que les protocoles à destination des personnels soignants, et d’adapter le logiciel de préparation-reconstitution des chimiothérapies.

· La mise en place de telles mesures est fortement compliquée par l‘absence de visibilité dont disposent les pharmaciens sur la survenue et l’évolution des situations de ruptures ou de tensions. Les acteurs entendus par votre mission d’information ont unanimement souligné qu’il est très difficile d’obtenir des informations sur la durée prévisionnelle de la rupture, les quantités qui pourront faire l’objet de livraisons effectives ainsi que sur la date de celles-ci.

Cette absence de prévisibilité entrave la bonne mise en oeuvre de mesures de gestion appropriées : en l’absence d’information, il peut être difficile de décider, par exemple, du bien-fondé du déclenchement d’une procédure d’exécution aux frais et risques.

Dans la note précitée adressée à la ministre des solidarités et de la santé, l’INCa indique que « les professionnels nous alertent de plus en plus fréquemment sur les difficultés à assurer la mise en oeuvre de traitements de chimiothérapie indispensables aux patients. L’organisation des soins est régulièrement perturbée par les contraintes liées aux contingentements successifs et à la substitution par des alternatives plus ou moins adaptées ».

c) La gestion de ces situations est très coûteuse
(1) Une gestion fortement consommatrice de ressources humaines

La mise en place de ces différentes mesures de gestion est bien évidemment à la fois chronophage et fortement consommatrice de ressources humaines et médicales.

Selon un sondage conduit de juin à septembre 2013 auprès de pharmaciens hospitaliers européens31(*), le temps total consacré sur cette période à la gestion de ruptures d’approvisionnement est estimé à 12,8 heures par semaine – 2,2 heures étant en moyenne consacrées au suivi des ruptures, 4 heures à l’identification et à l’achat des alternatives thérapeutiques, 2 heures aux modifications de stocks, 2 heures aux discussions avec les médecins, 1,6 heure au développement de protocoles adaptés et 1 heure à l’information du personnel soignant.

L’Ageps estime quant à elle que la gestion des situations de pénurie nécessite le concours de 16 équivalents temps plein (ETP) par semaine au sein de l’AP-HP.

(2) Un surcoût financier important

· Pour l’assurance maladie…

La gestion des situations de pénuries est coûteuse pour les finances de l’assurance maladie dans la mesure, notamment, où elle implique de recourir à des traitements de substitution plus onéreux ainsi que, dans certains cas, à l’importation de médicaments – dans un cadre financier nécessairement moins avantageux que celui initialement négocié par l’assurance maladie ou les établissements de santé avec le laboratoire défaillant.

Interrogée sur ce point par votre rapporteur, la caisse nationale de l’assurance maladie (Cnam) n’a pas été en mesure de fournir une estimation globale de ce surcoût, dans la mesure où il n’existe pas de codage permettant d’identifier et de suivre spécifiquement les médicaments utilisés pour la gestion des pénuries. Elle a cependant indiqué que le montant des remboursements pour des produits initialement délivrés en ville et bénéficiant d’une autorisation d’importation autre que parallèle délivrée par l’ANSM, dont la distribution se fait alors par rétrocession au sein des PUI, s’élève à 8,5 millions d’euros pour l’année 2017. Ce chiffrage n’est pas exhaustif, puisqu’il faudrait notamment y ajouter les médicaments distribués sous un autre codage (notamment le code PHD -pharmacie dérogatoire) et ceux relevant de la liste en sus32(*).

· … mais également pour les laboratoires

Dans ses réponses au questionnaire adressé par votre rapporteur, le Leem souligne que « les industriels ne se satisfont pas des ruptures et ne les organisent pas, ils les subissent comme les autres acteurs de la chaîne ». Les ruptures apparaissent également coûteuses pour les laboratoires pharmaceutiques, à la fois du point de vue du temps passé et des surcoûts financiers associés.

La gestion des situations de pénurie par les laboratoires implique en effet l’intervention de nombreux personnels, du pharmacien responsable aux acteurs de la chaîne d’approvisionnement, en passant par les services d’assurance qualité, d’information médicale ou encore de communication.

Ces différents services sont impliqués dans diverses actions de gestion des pénuries. Selon le Leem, des réunions hebdomadaires de suivi, complétées en cas de crise de réunions opérationnelles, mobiliseraient l’ensemble des parties prenantes pendant 5 à 25 heures chaque semaine. La mise en place et la gestion des actions de contingentement, l’envoi de notifications à l’ANSM et la réponse aux échanges ultérieurs, la rédaction de documents d’information médicale et la communication envers les professionnels de santé, les grossistes-répartiteurs et les médias mobilisent également un temps considérable, de même que la réponse aux pharmaciens se trouvant dans l’impossibilité de s’approvisionner.

Ces actions ont par ailleurs un coût lié aux opérations d’information en direction des professionnels de santé, ou encore aux dépannages effectués en cas d’urgence. Il faut y ajouter le coût, plus aisément identifiable, de l’activation de la clause d’achat pour compte dans le cadre des marchés hospitaliers, extrêmement coûteuse pour les laboratoires défaillants. En 2011, l’AP-HP a estimé ce surcoût total pour les laboratoires défaillants à 1 302 007 €.

2. En première ligne face à la détresse et l’angoisse des patients, les pharmaciens d’officine voient leurs obligations logistiques prendre le pas sur leur mission de conseil

Face à ces difficultés de gestion, de nombreux pharmaciens regrettent que les tâches logistiques rendues nécessaires par les situations de pénurie prennent le pas sur leur fonction de conseil.

La fonction de conseil apparaît elle-même dégradée par la faiblesse de l’information disponible. Le manque d’indications concrètes sur les situations de pénurie, qu’il s’agisse de leurs causes ou de leur date prévisionnelle de résolution, entretient la frustration et l’angoisse des patients. La détresse qu’ils manifestent est alors difficile à gérer pour des pharmaciens d’officine qui se trouvent au bout de la chaîne d’approvisionnement du médicament, mais en première ligne face au mécontentement et au stress des malades.

Il peut également être difficile d’entretenir le dialogue avec les médecins prescripteurs en l’absence d’information concrète de la part des laboratoires et des autorités sanitaires.

Votre mission d’information souligne que ces difficultés sont accentuées dans les pharmacies rurales, relativement plus touchées par les situations de pénuries que les officines urbaines, qui bénéficient de la proximité des établissements de répartition.


* 27 L’Ageps précise, en réponse au questionnaire transmis par votre rapporteur, que la méthodologie du suivi effectué est stable depuis 2015.

* 28 Helpévia est un groupement d’achat qui fédère, selon le Claps, près de 400 PUI hospitalières. Selon les indications figurant sur le site Internet de l’entreprise, elle représente 10 % du potentiel d’achat du secteur hospitalier public et privé en France.

* 29 Cette définition figure dans le rapport de la Cour des comptes de juin 2017 consacré aux achats hospitaliers.

* 30 L’Ageps indique sur ce point que le recours à des fichiers dynamiques permet de limiter l’apparition de ruptures franches. L’Ageps bénéficie également d’un « effet taille » : la gestion centralisée de la pharmacie des établissements de l’AP-HP permet de disposer d’un stock important qui constitue un avantage face aux tensions d’approvisionnement.

* 31 Kim Pauwels, Steven Simoens, Minne Casteels et Isabelle Huys, « Insights into European Drug Shortages: a Survey of Hospital Pharmacists », PLoS ONE, 16 mars 2015.

* 32 S’agissant du suivi des médicaments de substitution initialement délivrés en ville et bénéficiant d’une autorisation d’importation, la Cnam a indiqué à votre rapporteur qu’elle « souhaiterait être systématiquement destinataire d’une note d’information précisant la facturation sous le code PHI, le prix d’achat et l’absence de codage UCD, et qu’un tableau récapitulatif soit disponible sur le site du ministère ».

Des médecins alertent sur l’urgence de surveiller le cœur des patients

https://www.bluewin.ch/fr/lifestyle/des-medecins-alertent-sur-lurgence-de-surveiller-le-coeur-des-patients-246787.html

Les traitements administrés pour traiter le cancer ont des conséquences sur la santé cardiaque des patients, rappelle une étude présentée samedi 4 mai dans le cadre du congrès de la Société européenne de cardiologie.

L’insuffisance cardiaque causée par le traitement du cancer peut survenir jusqu’à 20 ans après le traitement, expliquent les scientifiques à l’origine de l’étude. «Selon le type de chimiothérapie et de radiothérapie, entre 1% et 25% des patients atteints d’un cancer peuvent développer une insuffisance cardiaque due au traitement du cancer», a rappelé Robyn Clark, professeure à l’université Flinders (Adélaïde, Australie) et autrice principale de l’étude présentée lors du congrès EuroHeartCare 2019.

L’équipe de la Pre Clark a examiné les dossiers médicaux de 46 patients atteints de cancer cardiotoxique sélectionnés au hasard admis à l’hôpital entre 1979 et 2015. Seulement 11% ont été référés à un cardiologue avant la chimiothérapie et moins de la moitié (48%) ont été orientés vers une clinique spécialisée en cardiologie après le traitement de leur cancer. Près de 40% étaient en surpoids ou obèses, 41% étaient des fumeurs ou d’anciens fumeurs, 24% étaient des consommateurs réguliers d’alcool, 48% souffraient d’hypertension et 26% étaient diabétiques. Des profils qui correspondent tous à des facteurs de risques cardiovasculaires.

Une surveillance avant, après et pendant le traitement

Onze des patients qui ont participé à l’étude ont été interrogés sur leurs habitudes de vie. Plus de la moitié d’entre eux a expliqué avoir commencé à manger sainement après leur diagnostic de cancer, mais ne semblaient toutefois pas comprendre l’importance d’une alimentation équilibrée.Or, comme le rappelle la Pre Clark, le risque de cardiotoxicité dépend également d’éléments néfastes pour le coeur, comme le tabagisme et l’obésité. «Une meilleure surveillance du cœur et une intervention avant, pendant et après le traitement peuvent prévenir ou atténuer l’impact de cette cardiotoxicité», souligne-t-elle.

La Pre Clark estime qu’il en va de la responsabilité des médecins d’informer leurs patients cancéreux des risques de cardiotoxicité des traitements. «La cardiotoxicité peut survenir même chez les personnes qui n’ont pas de facteurs de risque cardiovasculaire, car les médicaments contre le cancer comme les anthracyclines et le trastuzumab sont mauvais pour la santé cardiaque. En surveillant le cœur tout au long du cancer, on peut s’assurer qu’il est protégé», rappelle-t-elle.

Bilan 2019 des médicaments à écarter pour mieux soigner

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Pour aider à choisir des soins de qualité et éviter des dommages disproportionnés pour les patients, nous avons mis à jour début 2019 le bilan des médicaments que Prescrire conseille d’écarter pour mieux soigner.Consulter le Sommaire >>

 

Ibuprofène et kétoprofène : 20 ans d’enquête révèlent leurs dangers pour la santé

Advil, Nurofen, Antaren... Autant de médicaments qui contiennent de l'ibuprofène. / © JACK GUEZ / AFP
Advil, Nurofen, Antaren… Autant de médicaments qui contiennent de l’ibuprofène. / © JACK GUEZ / AFP

Plus de 400 cas graves et 40 décès en 20 ans, avec des symptômes qui peuvent apparaître dès le deuxième jour de traitement.

Par Yacha Hajzler

L’Agence du Médicament (ANSM) appelle à la vigilance. Une enquête confiée au centre de pharmacovigilance de Tours, et de Marseille, a révélé les graves risques présentés par le kétoprofène et l’ibuprofène.

Plus 400 cas de complications graves

Présents dans les médicaments Nurofen, Advil, Antarene, Ketum et autres, ces anti-inflammatoires avaient déjà fait l’objet de signalements pour des complications graves, qui ont été le déclencheur de l’enquête.

Les deux anti-inflammatoires, les plus vendus en France, pourraient favoriser des complications infectieuses graves, selon les résultats obtenus après presque 20 ans de recherche. De 2000 à 2018,  « 337 cas de complications infectieuses dont 32 décès ont été répertoriés pour l’ibuprofène et 46 cas dont dix décès avec le kétoprofène », explique le Dr Philippe Vella, directeur des médicaments antalgiques à l’ANSM.

Fasciite nécrosante, septicémie, pneumonies, pleurésies, abcès cérébraux, amputations… Les effets secondaires graves sont très variés. Même associés à une antibiothérapie, les complications peuvent apparaître après seulement 2 ou 3 jours de traitement. 

Privilégiez le paracétamol

En cas de douleurs ou de fièvres, l’ANSM conseille de privilégier le paracétamol, surtout si vous prenez vos médicaments sans consulter de médecin. Si vous utilisez de l’ibuprofène ou du kétoprofène, il est recommandé de s’en tenir à la dose minimale, pendant la durée la plus courte possible. « Pas plus de 3 jours en cas de fièvre et de 5 jours en cas de douleur », résume le Dr Vella.

Autre règle, ne pas prendre en même temps deux médicaments de cette famille nombreuse des anti-inflammatoires non stéroïdiens, qui comprend aussi entre autres le naproxène et diclofénac. Attention : ils sont vendus sous divers noms, reportez-vous donc à la composition du médicament. 

SOUTENEZ NOUS!

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Depuis 2016, de nombreux patients sont décédés ou ont été victimes d’effets secondaires graves suite à  un traitement par ENDOXAN Cyclophosphamide.

Afin de sensibiliser les patients et  le corps médical, les familles des patients se sont regroupées au sein de l’Association AVEC (Aide aux Victimes d’ENDOXAN Cyclophosphamide).

L’Association AVEC a pour objectif de :

PRÉVENIR les citoyens des dangers de lots d’Endoxan Cyclophosphamide aux effets indésirables très graves.

REUNIR et REPRÉSENTER les patients et leur famille pour engager une action de groupe.

FAIRE POURSUIVRE par la justice les responsables sanitaires qui autorisent sur le marché des médicaments dangereux pour la santé.

FAIRE CONDAMNER par la justice les laboratoires qui ne respectent pas les principes de bonnes pratiques de fabrication, de mise sur le marché et le devoir d’information.

Adhérer et faire un don, c’est aider l’association AVEC, constituée uniquement de bénévoles, à atteindre ses objectifs et poursuivre ses missions d’information, de vigilance et de soutien aux familles victimes.

Vos adhésions serviront également à faire reconnaître AVEC comme association d’intérét public.

Un don égal ou supérieur à 50 Euros vous permettra de devenir membre de l’association AVEC et d’être informé sur les avancées de notre action.

 

Un chercheur toulousain démontre les effets indésirables du Levothyrox et pointe les négligences de l’État

Nouveau rebondissement dans l'affaire du Levothyrox.

Publié le , mis à jour
Les travaux d’un biostatisticien toulousain, au cours desquels ont été repassés au crible toutes les données fournies par le laboratoire Merck à l’agence nationale de sécurité du médicament lors du changement de formule du Levothyrox, démontrent pour la première fois de manière scientifique ses effets indésirables sur de nombreux patients.

Il sera difficile désormais, que ce soit pour le laboratoire Merck ou pour l’agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), de contredire scientifiquement les effets indésirables dénoncés par des milliers de plaignants vis-à-vis de la nouvelle formule du Levothyrox.

D’après des travaux publiés ce jeudi 4 avril et menés par le biostatisticien toulousain Didier Concordet (Université de Toulouse, INRA, Ecole nationale vétérinaire de Toulouse), avec l’appui de l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) et de l’université de Londres, il est prouvé que les deux formules de Levothyrox ne sont pas substituables. Ces résultats se basent sur les données que le laboratoire Merck a envoyées lui-même à l’ANSM, concernant les mesures de « bioéquivalence moyenne » entre les deux médicaments, et suggèrent que l’ANSM s’est contentée de l’interprétation qu’en a faite le laboratoire, sans prendre le temps de les examnier dans le détail.

De fortes disparités au niveau individuel

Ces mesures de bioéquivalence, qui servent à déterminer une forme d’écart entre deux formules de médicament et qui ne doit pas dépasser un certain chiffre pour qu’une nouvelle formule soit validée, étaient de premier abord parfaitement conformes, mais elles masquaient en réalité de fortes disparités dans de nombreux cas : près de 60 % des patients étaient ainsi susceptibles de ne pas réagir de la même manière aux deux versions. C’est ce que montre le travail de fourmi effectué par les auteurs de cette étude et c’est ce que dénoncent depuis des mois bon nombre de patients.

Chez les laboratoires Merck, contactés par nos confrères du Monde, on répond que cette étude utilise une « approche » basée sur « l’analyse de la variabilité individuelle », qui n’est pas « conforme aux méthodes de référence demandées par les autorités de santé et validées par 23 autorités sanitaires ».

Me Christophe Lèguevaques réagit

Me Christophe Lèguevaques, avocat au barreau de Paris et qui représente près de 4 000 patients, n’a pas tardé à réagir à cette étude. « Cela démontre à ceux qui en douteraient encore l’utilité des analyses scientifiques contre celles présentées par des laboratoires : face à une science aux ordres de l’industrie, rien ne remplace une science indépendante au service de l’intérêt général et de la santé ». Et de poursuivre, « Il faut tirer toutes les conséquences de la dépendance intellectuelle de l’ANSM qui reprend servilement les arguments de langage fournis par les laboratoires. Cela suppose un renforcement des pouvoirs d’enquête et d’analyse aussi loin que possible de l’influence néfaste des scientifiques mercenaires ». L’avocat exhorte Dominique Martin (directeur général de l’ANSM), Agnès Buzyn et surtout de Thierry Hulot (PDG de Merck France), de présenter des excuses aux patients pour « le mépris et le dénigrement » dont ils ont été victimes.

THIOTHEPA, Vente d’anticancéreux périmés : deux dirigeants d’entreprises renvoyés en correctionnelle

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Par LEXPRESS.fr avec AFP ,publié le

Près de 100 000 flacons périmés avaient été administrés à des patients entre 2007 et 2011, entraînant un possible sous-dosage. Les deux dirigeants seront jugés à Paris.

Les juges d’instruction leur reprochent d’avoir fait peser « un risque grave pour la santé publique ».Alain Bouaziz, président du laboratoire Alkopharm, et Valéry Monin, dirigeant du distributeur Genopharm ont été renvoyés en correctionnelle sur le scandale du Thiotépa, un anticancéreux dont près de 100 000 flacons périmés ont été administrés à des patients, a indiqué vendredi une source proche du dossier.

Les deux dirigeants d’entreprises français doivent notamment être jugés à Paris pour distribution de ce médicament « sans respect des bonnes pratiques de fabrication » et tromperie sur les qualités substantielles, la composition, l’origine et la quantité en principe actif d’une marchandise, selon l’ordonnance consultée par l’AFP.

Le principe actif sous-dosé

Le scandale du Thiotépa, utilisé dans la lutte contre les cancers de l’ovaire, de la vessie et du sein, mais également contre certains cancers de l’enfant, avait éclaté en mars 2011 quand le fabricant allemand du produit, Riemser, a averti les autorités sanitaires que des flacons périmés circulaient sur le marché.

Des analyses ultérieures de l’Agence française du médicament révèlent également qu’ils ne contiennent « plus la dose de principe actif exigée ». Au total, 96 829 flacons non-conformes ont été distribués, principalement en France, entre février 2007 et septembre 2011.

LIRE AUSSI >> Cancer de l’ovaire: un scandale français

À la suite d’une plainte du fabricant Riemser en 2011, le parquet de Paris a ouvert une enquête. Les investigations ont révélé que le groupe d’Alain Bouaziz avait des problèmes pour écouler son stock du médicament dans sa filiale suisse. Une responsable avait alors falsifié la date de péremption de certains lots pour les vendre en France.

Le fabricant responsable ?

À la question de savoir si ces manquements ont fait des victimes, aucun expert n’a pu lier une évolution négative d’un cancer à ce médicament périmé. Un sous-dosage dont Genopharm n’est pas responsable selon l’enquête, rappelle l’avocate de Valéry Monin, Me Maire-Laure Ingouf. Elle met en avant l’éventuelle responsabilité du fabricant allemand et a déposé fin 2017 une plainte pour obtenir la désignation d’un juge d’instruction dans ce volet. Un « contre-feu », selon Riemser.

« À l’époque, on a désigné un grand voyou, en faisant couler une boîte de 250 personnes. Sept ans plus tard, on se rend compte que c’est la faute d’un tiers et on reproche seulement à mon client d’avoir vendu un produit sans s’être rendu compte qu’il n’était pas conforme », soutient Me Ingouf.